La Nuit des Molières est une institution qui n’a pas toujours fait l’unanimité, dans sa forme comme dans son périmètre. Pourtant, elle a toute sa raison d’être, la porosité entre les différentes formes de théâtre et les divers statuts des théâtres étant totale dans l’esprit, et les comportements, d’une large partie du public. Ainsi que dans l’esprit des producteurs et directeurs de salle, tant on a vu cette année de pièces du répertoire dit « classique », donc associées au théâtre public, jouées – et primées – dans des théâtres privés. Ce métissage est d’ailleurs l’orientation prise de manière volontariste par Jean-Marc Dumontet, président des Molières, ces dernières années.

Source : Culturebox

Cette mixité est tout aussi apparente au niveau des talents, metteurs en scène, scénaristes, acteurs, qui vont et viennent eux aussi entre ces différentes « territoires » qui n’en sont qu’un. Cela laisse le loisir à ceux dont c’est le moteur, comme bien sûr Ariane Mnouchkine, dignement honorée cette année, de mettre cette forme d’art et de culture au service de causes philosophiques ou sociétales et de points de vue sur le monde qui leur tiennent à cœur. Et ce avec la totale liberté culturelle qu’offre la France, comme l’ont à juste titre souligné Jean-Marc Dumontet, et Zabou Breitman, maîtresse de cérémonie de la soirée de lundi.

La diversité du palmarès 2018 dévoilé lors de la remise des récompenses à la salle Pleyel en début de semaine illustre parfaitement les diverses fonctions du théâtre, imbriquées, métissées, enrichies. Elle montre également à quel point la décision d’aller voir un spectacle peut être un processus complexe, s’appuyant à la fois sur des affinités avec des acteurs ou des metteurs en scène, mais aussi sur des valeurs qui font apprécier un thème, un point de vue, voire un débat. Sans oublier les habitudes ou la confiance pour la programmation de tel lieu ou de tel producteur.

Source : Théâtre du Chêne Noir

Cela reflète parfaitement la difficulté pour les responsables de ces spectacles de trouver leur public. Si les habitudes et les affinités permettent de « ratisser » les spectateurs le plus immédiats – à condition d’ailleurs qu’ils soient au courant –, le succès et la rentabilité finale reposent sur les autres, ceux dont l’envie d’aller voir tel spectacle est issue de ce « je ne sais quoi » qui les a accrochés de façon inhabituelle. A condition que ce ou ces « je ne sais quoi » (chaque spectacle peut en avoir plusieurs, pour des publics différents…) aient été identifiés et intelligemment communiqués… aux intéressés.

C’est la mission humble que nous nous sommes donnée, et le spectacle des émotions pures, des éclats de joie, de l’intelligence mis en lumière sur la scène de la salle Pleyel était la plus belle des récompenses pour le travail que nous fournissons.

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