La semaine dernière, Amazon annonçait son retrait du marché de la billetterie au Royaume-Uni. Nous avons voulu en savoir plus, et avons pour cela sollicité plusieurs experts du marché britannique. Premier volet de ce dossier d’analyse consacré à Amazon Tickets avec Tim Chambers, qui a plus de trente ans d’expérience dans le spectacle, et a notamment été responsable du développement international de Live Nation, et du développement européen de Ticketmaster.

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DELIGHT : Êtes-vous surpris de voir Amazon renoncer à la billetterie ?

A vrai dire, il n’est pas si surprenant qu’Amazon ait décidé de mettre fin à son test au Royaume-Uni, puisque déjà en novembre dernier, on apprenait qu’aux Etats-Unis, Amazon n’avait pas réussi à signer un accord avec Ticketmaster sur l’accès à son stock de billets et l’usage des données clients associées.

Ce qui est plus surprenant en revanche, c’est le manque d’ambition et la faiblesse des moyens consacrés par Amazon au développement de l’activité billetterie, en comparaison des efforts qu’il a consentis dans d’autres domaines comme les produits alimentaires haut de gamme, les magasins sans caisse ou, dernièrement, la sécurité à domicile (Amazon vient d’acheter une startup spécialisée dans les portes équipées de caméras vidéo).

Le rétropédalage d’Amazon n’est pas une bonne ou une mauvaise nouvelle, c’est juste une info.

A vrai dire, les technologies utilisées en billetterie ne sont pas si complexes. La complexité tient surtout à la fragmentation du secteur et aux liens historiques entre les divers acteurs (artistes/spectacle, promoteur/producteur, salle, sponsor/média/affilié, prévente/vente/revente), ce qui fait que l’accès aux billets et la gestion des droits de distribution ne peuvent se faire à partir de zéro.

 

DELIGHT : Allons-nous assister à l’arrivée de nouveaux acteurs ou à un regain de concentration dans le milieu de la billetterie ?

Oui, inévitablement. Cela pourrait venir du monde des télécom, des réseaux sociaux ou des médias, voire de l’adaptation au spectacle de billetteries spécialisées dans le cinéma ou le sport.

Un des principaux problèmes de la billetterie est que c’est une industrie de « mauvaises nouvelles”, du fait de la déception émotionnelle causée à quelqu’un qui n’obtient pas de place, ou n’a pas les moyens de se payer un billet, pour son artiste ou son spectacle favori.

Des marques comme Apple auraient largement les moyens de racheter ou reformater des pans entiers du secteur du spectacle, mais ils souhaiteraient alors n’être vus que comme des facilitateurs d’accès aux spectacles et devraient donc se dégager de toute responsabilité sur les inévitables aléas opérationnels et techniques liés à l’achat de billets, qui sont le lot des plateformes de vente de billets.

Enfin, le secteur de la billetterie évolue constamment et continue d’être le théâtre d’une concurrence accrue de la part des nouvelles technologies ou des revendeurs et prestataires de services, sans oublier l’évolution des attentes des consommateurs toujours plus exigeants.

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