Une étude publiée par Ogury (entreprise spécialisée dans le marketing mobile) à l’occasion du premier anniversaire de l’entrée en vigueur du Règlement général pour la protection des données (RGPD) dans l’Union européenne est instructive : menée auprès de près de 300 000 consommateurs à travers le monde pour comprendre leur comportement à l’égard du partage des données et du marketing digital, elle montre grosso modo que la majorité des gens ne comprend pas grand-chose à la façon dont leurs données sont recueillies, stockées et utilisées.

Ainsi, six Français sur dix ne comprennent pas comment leurs données sont utilisées après avoir lu des formulaires de consentement et des politiques de confidentialité. Pire, près de la moitié déclare ne pas savoir ce qu’est le RGPD… Et, au niveau mondial, sept personnes sur dix continuent de partager leurs données plutôt que de payer pour accéder à un service ou à un contenu en ligne. Pas besoin d’aller chercher loin à qui profite le crime : beaucoup de formulaires de consentement ne sont-ils pas intentionnellement vagues, voire trompeurs ? Et les acteurs du digital font-ils vraiment la pédagogie nécessaire pour que les enjeux soient compris par tous ?

Faut-il pour autant en déduire que les contraintes du RGPD peuvent être prises à la légère ? Bien sûr que non ! Pas seulement parce que la CNIL guette et a déjà mis plusieurs entreprises de marketing digital en demeure, mais parce que la protection des données est un sujet clé qui ne va pas disparaître. Même Mark Zuckerberg, qui a, il est vrai, plusieurs casseroles à se faire pardonner, milite désormais pour l’institution d’une règlementation analogue à celle du RGPD aux Etats-Unis.

La principale raison pour y accorder une attention constante, c’est que, même si les consommateurs prétendent ne pas comprendre comment ça se passe, ils n’en agissent pas moins en conséquence, en particulier face à l’intrusion du marketing digital et mobile dans leur vie. D’ailleurs, 30% des Français ont d’ores et déjà installé des bloqueurs de publicité sur leurs appareils, un des taux les plus forts dans le monde. Et si je prends pour exemple mes étudiants de SciencesPo, pourtant inscrits dans un cursus de communication, ils sont 100% à le faire, et ce depuis plusieurs années déjà !

Alors, si on veut que les jeunes s’intéressent aux spectacles, en particulier dans les secteurs où le public est vieillissant, il faut bien, entre autres, échanger avec eux via des messages en ligne. Alors mieux vaut regagner leur confiance et obtenir de leur part un taux de consentement croissant avec des messages limités en nombre et pertinents dans leur contenu. C’est en tout cas l’option à laquelle nous croyons chez Delight, et le sens dans lequel nous concevons nos algorithmes.

Eric de Rugy

* Terrain du 12 au 18 février 2019 – 287 571 interviews d’utilisateurs mobiles aux États-Unis, Allemagne, Espagne, Italie, France et Royaume-Uni.